dimanche 24 novembre 2013

La Revue d’infanterie (1887-1939), par Julie d’Andurain

(d’après les travaux des étudiants du bureau Recherche du CDEF, Dimitri Le Guellec et Julie Prin-Lombardo)

            La Revue d’infanterie appartient à la catégorie des revues d’armes (infanterie, artillerie, cavalerie) qui apparaissent dans le sillage de la défaite française de 1870. Née en  janvier 1887 chez l’éditeur Lavauzelle sous l’égide du ministère de la Guerre, elle a pour but de faire circuler une information spécifique au sein du monde des officiers. Son but non avoué consiste à prendre acte de la faiblesse pour ne pas dire de la carence de la réflexion intellectuelle au sein de l’armée durant les années précédant la guerre franco-prussienne - défaillances qui aux dires des spécialistes ont entraîné l’échec de Sedan – et d’y remédier. De fait, au cours des années précédentes, à l’exception notable de la Revue militaire française née en 1869, la littérature militaire se limite souvent à des annuaires ou à des recueils de documents officiels sans grande valeur intellectuelle. À l’issue de la guerre de 1870 donc, invitée par quelques officiers supérieurs - tels le colonel Lewal - à se réformer, l’armée entreprend une mue intellectuelle qui s’appuie pour partie sur l’essor de la presse périodique et l’enracinement de la République. Puisqu’il s’agit désormais d’informer et de s’informer en permanence sur les évolutions techniques, tactiques et stratégiques qui ont court tant en France qu’à l’étranger, la Revue d’Infanterie s’engage ainsi d’emblée vers une écriture scientifique et professionnelle de qualité, considérant que rien de ce qui touche à la chose militaire ne lui est étranger. À raison d’un numéro d’une dizaine d’articles tous les mois, elle produit ainsi entre 1887 et 1939, date de sa disparition, une littérature considérable aujourd’hui intégralement référencée dans la base de données MILINDEX (voir ci-dessous).

            Si les premiers numéros présentent des articles scientifiques non signés, le principe de l’anonymat des textes s’atténue dès l’année suivante avec l’utilisation d’initiales ou de pseudo puis disparaît pour partie à partir du début des années 1890. On découvre alors que les auteurs sont toujours des officiers, les grades subalternes - lieutenant et commandant - l’emportant assez largement sur les grades supérieurs - lieutenant-colonel et colonel - et généraux. Sur l’ensemble de la période, la part des officiers brevetés ne cesse d’augmenter attestant, entre autres, de la qualité de la revue. Certains auteurs font preuve de qualités remarquables comme le chef de bataillon Painvin, véritable polyglotte capable de traduire et de restituer l’information de documents allemands, russes, roumains, portugais, italiens et anglais ; d’autres sont très spécialisés comme le Lcl Pierre intéressés pratiquement exclusivement par les chars au cours des années 1930 ; d’autres comme Loustanau-Lacau se spécialisent dans la chronique des revues étrangères. Enfin, la revue donne à lire la prose de quelques célébrités du monde militaire (de Gaulle, Pétain, Estienne, Monsabert). Mais globalement, du fait du grade des auteurs, une grande partie des réflexions porte sur des analyses ne dépassant pas le niveau d’emploi du régiment plutôt que sur les niveaux supérieurs de commandement, brigades et divisions. De la même façon, les questions de tactique, de manœuvres et de règlements se trouvent ainsi privilégiées.

            Revue d’arme, la Revue d’infanterie traite prioritairement de la « reine des batailles » mais elle n’exclue nullement les analyses portant sur l’infanterie de marine, l’armée d’Afrique, l’artillerie, la cavalerie, le génie, l’intendance ou le service de santé naval, de même que la réflexion sur les liaisons entre les armes ne lui est pas étrangère. Durant les premières années, il est évident cependant que le périodique est centré sur l’analyse des mondes germaniques (allemand et autro-hongrois) considérant qu’il avait là beaucoup à apprendre. L’étude de la guerre dans une version francisée de la « Kriegspiel » caractérise ainsi une grande partie de la revue qui adopte dès lors un ton positiviste, l’instruction militaire trouvant dans l’étude académique un complément indispensable. On retrouve des thèmes chers à l’époque tels que la connaissance du terrain qui nécessite une étude approfondie de sa topographie, le recours à la science mathématique pour concevoir la planification, l’importance du mouvement de masse et la nécessité de devoir le réguler et le maîtriser. Cependant, petit à petit, les études à caractère historique se multiplient à mesure que s’impose l’idée que la connaissance du passé est nécessaire pour mieux comprendre le présent et, éventuellement, anticiper l’avenir. Il s’agit à la fois de « s’instruire pour vaincre » mais aussi de tirer les enseignements du passé. La Revue se propose donc de balayer le plus possible l’histoire de l’infanterie française à travers les âges (le Lcl Belhomme se charge d’en faire un historique avec pas moins de 125 articles) et témoigne d’un intérêt croissant pour les conflits extérieurs comme sources d’enseignements multiples. On étudie ainsi de façon approfondie la guerre sino-japonaise de 1905, les campagnes coloniales britannique et italienne du Soudan égyptien et de l'Érythrée, abordant déjà ainsi des réflexions qui relèvent davantage du renseignement.



Des étudiants du bureau Recherche du CDEF ont participé à un programme de référencement de revues militaires si bien que l’ensemble des références de la Revue d’infanterie sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.

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Bonne navigation !


                       Julie d’Andurain
                       Responsable du projet MILINDEX au bureau Recherche du CDEF/DREX


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