lundi 2 décembre 2013

La Revue d'artillerie (1872-1939), par Julie d'Andurain

(d’après les travaux des étudiants du bureau Recherche du CDEF/DREX, Pauline Lejeune et Romain Herreros)

La Revue de la Revanche

La Revue d’artillerie trouve ses origines dans la défaite de 1870. Placée d’emblée sous l’autorité du président du Comité d’artillerie (général Forgeot), elle est créée en mai 1872 à la demande du ministre de la Guerre, le général Cissey, qui réclame un droit de regard sur les publications. S’insurgeant aussitôt contre une probable censure, le général Forgeot réclame et obtient une liberté d’action pleine et entière. Il porte ainsi sur les fonts baptismaux la première des revues d’arme de la IIIe République en s’assurant d’emblée de la qualité des articles et de la liberté du propos. Sous la direction de Charles Norbert, gérant jusqu’en 1913, la publication mensuelle est confiée à la maison d’édition Berger-Levrault qui vient tout juste de s’installer à Nancy après avoir quitté Strasbourg. En dehors de l’intermède de la Grande Guerre (1914-1920), la Revue d’artillerie est publiée sans interruption de 1872 à 1939, produisant plus de 7 000 articles scientifiques ou chroniques officielles.

Imprégnée de positivisme scientiste, la Revue d’artillerie publie principalement des articles scientifiques, des articles d’ingénieurs souvent illustrés par des schémas d’explications, de calculs, de tableaux arithmétiques ou de croquis techniques. Elle est rédigée principalement par des officiers ingénieurs issus de l’École Polytechnique ou passés par l’École du  génie de Metz ou l’École d’application d’artillerie de Fontainebleau. La plupart du temps, il s’agit de jeunes officiers (capitaine ou chef d’escadron)  mais on voit aussi passer les « grands noms » de l’histoire de l’artillerie française comme les généraux Brugère, Putz, Challéat, Estienne ou Benoit qui se sont servis du périodique de leur arme pour coucher sur le papier leurs réflexions visionnaires relatives à l’évolution de l’artillerie (aviation militaire, position défilée, concentration des feux, observations…). D’autres sont moins connus, mais prolifiques, comme le capitaine Curey qui publie pas moins de 41 articles entre 1898 et 1908. Après la Première Guerre mondiale toutefois, la surreprésentation des grades subalternes cède le pas pour laisser place à l’écriture d’officiers supérieurs voire généraux qui utilisent la Revue d’artillerie comme un support au  « retour d’expérience ». 


 Même s’ils ne sont pas explicitement définis, les objectifs de la Revue d’artillerie recouvrent plusieurs besoins. Il s’agit d’abord de renseigner les officiers sur les avancées scientifique et doctrinale relatives à leur arme. Ainsi, chaque modification de revolvers, constitutions d’affût, expériences sur des poudres explosives, essais d’obus ou exercices de manœuvre d’artillerie trouve à être exposée, même brièvement.  S’ajoute comme dans toutes les revues d’armes, une rubrique « officielle » permettant à chacun des officiers de se tenir informé des décisions institutionnelles, de l’avancement ou des mutations au sein de l’arme. Enfin des notices bibliographiques viennent clore l’instruction du lecteur qui peut ainsi approfondir ses connaissances. Au-delà du caractère « informatif », la Revue d’artillerie cherche aussi à faire évoluer le débat relatif à l’emploi de l’arme au sien de l'armée en constituant une tribune où les officiers peuvent exposer leurs avis personnels sur telle ou telle question doctrinale. C’est ainsi que des débats relatifs à l’usage de l’artillerie défilée ou au simple rôle de « soutien » ou « d’appui » de l’infanterie se constituent par articles interposés laissant, de fait, une place importante à la controverse scientifique et aux opinions divergentes.

 
Le poids du contexte
La Revue d’artillerie est complètement marquée par les conditions qui l’ont vu naître. Centrée essentiellement sur l’Allemagne qu’elle observe, scrute avec un brin d’admiration et de crainte, elle montre que les officiers d’artillerie font d’abord preuve d’un attrait certain pour l’utilisation de l’arme dans une perspective continentale. Ainsi, l’Allemagne concentre-t-elle toutes les attentions durant toute la période 1895-1929 (pas moins de 380 articles), les États-Unis étant observés quant à eux essentiellement en regard du dynamisme de leur production industrielle. En raison des enseignements que l’on pourrait en tirer, certains conflits ou théâtres d’opérations sont également bien étudiés (par exemple la guerre russo-japonaise en 1904 ou la guerre des Balkans  de 1912-1913). 

 
Si avant 1914, il est surtout question du canon de « 75 » et de l’utilisation progressive du tir automatique - pour lequel une véritable course à la cadence rapide est envisagée -, la Grande Guerre contribue à faire apparaître un débat sur l’emploi de l’armement automatique comme de celui de l’armement embarqué à bord des avions qui donne naissance au concept de « Défense Contre Aéronefs » (DCA).


Toutes les thématiques choisies restent toujours bien  marquées par le poids de l’efficacité technique et la nécessité, selon les auteurs, de répondre aux exigences de « puissance » et de « rapidité ».





 

Un référencement désormais accessible sur le site du CDEF

Des étudiants ayant participé à un programme de référencement au bureau Recherche du CDEF/DREX,  l’ensemble des références de la Revue d’artillerie (soit 7148) sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.

1 – Cliquez sur Milindex dans la partie droite du site puis  « Accéder à la base de données »
2 – Entrez les mots de passe milindex (pour user name) et recherche (pour password) et cliquez sur « login » (ne pas utiliser la touche « Entrée » du clavier)
3 – Sur la page de recherche (Reports), cliquez par exemple du Milindex-titre et commencez votre recherche par un mot clé (ex : guerre ou armée ou blessé ou troupe ou paix, etc.) avant de cliquer sur « login ».  Si vous voulez chercher par le nom d’auteur, indiquez le nom de famille avant le prénom.


4 – Une fois les références trouvées, les articles sont eux-mêmes consultables en bibliothèque (ou sur Gallica pour la période 1872-1923).

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