mardi 10 décembre 2013

La Revue de cavalerie (1885-1939), par Julie d’Andurain

(d’après les travaux de Quentin Nicaise, étudiant au bureau Recherche du CDEF/DREX)

Au moment où la France sort de la période de recueillement consécutive à la défaite de Sedan, l’armée française poursuit sa volonté de panser ses blessures en donnant naissance à une nouvelle revue en avril 1885 : la Revue de cavalerie. Comme les autres, elle est publiée par la maison Berger-Levrault qui devient alors, plus que jamais, l’éditeur attitré de l’armée française ; elle est placée sous la direction de Ch. Norberg, directeur-gérant tandis que Charles Malo assure la fonction de rédacteur jusqu’en 1911, date à laquelle il cède la place au colonel Fleury. Le premier éditorial précise que « la Revue […] traitera successivement et sous toutes leurs faces les diverses questions qui intéressent l’arme, l’organisation, l’équipement, l’armement, la remonte, la tactique et l’histoire de la cavalerie, ses rapports avec les autres armes, son passé, son présent et son avenir ». Il s’agit donc bien d’une revue d’arme faite pour les officiers de cavalerie, ceux qui, selon l’argot de Saint-Cyr, se reconnaissent comme relevant de la basane.

Structure de la Revue de cavalerie

Inspirée par les autres revues d’armes (Revue du Génie, Revue d’infanterie, etc.), la structure du périodique trouve vite ses marques et reste stable jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le volume mensuel se compose de cinq à huit articles d’une longueur variant de 15 à 30 pages ; il s’achève toujours par des « nouvelles et renseignements divers » portant sur les événements militaires jugés dignes d’intérêt et une partie nécrologique particulièrement dense, plus importante proportionnellement que dans les autres revues militaires. On trouve naturellement à chaque livraison une « partie officielle » d’une trentaine de pages avec la présentation des nouveaux décrets, les promotions, mutations et radiations ainsi que sur les tableaux d’avancement des cavaliers. Enfin la Revue de cavalerie se distingue de ses revues sœurs par la présentation régulière des concours hippiques.

Au sortir de la Grande Guerre (1921), après une suspension de publication de sept ans, la configuration de la Revue est modifiée. Elle devient un bimensuel ; le calibrage scientifique en une quinzaine de pages, régulier avant 1913, disparaît pour laisser place à des articles de taille très variables - de quelques pages à une soixantaine de pages si bien que l’on observe une légère augmentation du nombre d’articles dans la seconde période (on passe d’une moyenne de 95 articles/an à 103 articles/an) ; l’évolution la plus importante réside dans l’anonymat des articles qui est désormais levé presque systématiquement. Ces diverses transformations entraînent un affaiblissement de la qualité de la revue car l’anonymat des articles, loin d’affaiblir les périodiques militaires, les sert favorablement au contraire, les auteurs se sentant moins contraints de pratiquer l’auto-censure. Enfin, la partie nécrologique tend à disparaître tandis que celle concernant les « Notes et renseignements divers » subit des modifications importantes en devenant de plus en plus analytique.

Les thématiques

Les sujets traités portent nécessairement sur la cavalerie et abordent les différentes facettes de l’arme à commencer par le dressage des chevaux, la remonte - service chargé de fournir les chevaux-, les questions liées à l’équitation (manège, allure des chevaux), de Saumur et de tout ce qui a trait à l’élevage ou aux haras. De façon plus anecdotique, la question des uniformes, les « leçons de chic » de la basane ne sont pas oubliées, mais l’essentiel réside plutôt dans une réflexion d’ordre militaire qui a pour principal objet d’observer les méthodes de cavalerie allemande (103 articles), la cavalerie italienne (25) et plus accessoirement la cavalerie russe (16).

Sur l’ensemble de la période, on perçoit bien la réflexion introspective de l’arme sur elle-même, arme qui sert d’abord à l’exploration, la patrouille ou la couverture avant de connaître une évolution majeure au cours de la Première Guerre mondiale avec l’avènement progressif de la mécanisation. Si c’est bien la recherche de mobilité qui guide les auteurs qui pensent d’ailleurs un temps pouvoir associer les cyclistes à l’arme de la cavalerie ou si les articles portant sur l’« artillerie volante à tir rapide » (1905) annoncent déjà les évolutions vers la mécanisation de l’arme avec les auto-mitrailleuses et les chars, on perçoit très nettement la lutte interne très forte entre « les Anciens et les Modernes ». Elle se matérialise dans l’opposition deux écoles irréductibles l’une à l’autre, celle de la tradition et celle du progrès, qui sont obligées de prendre en compte le perfectionnement continu de la précision et de la puissance des armes à feu, qu’il s’agisse des fusils employés par l’infanterie, de l'usage de la carabine dont fut dotée la cavalerie ou de celui de la mitrailleuse, sans oublier la poudre sans fumée et le blindé (« Le char remplace-t-il la cavalerie ? » 1921). Toutes ces techniques imposent progressivement une série de modifications du modus operandi de la cavalerie (123 articles sur la tactique).

L’arme se mécanise discrètement durant l’entre-deux-guerres – via une rubrique intitulée « chronique automobile » à partir de 1934 - sans pour autant que la Revue se revendique comme l’arme de spécialisation des blindés, rôle qu’elle endosse aujourd’hui. C’est davantage la revue des Anciens, ceux qui veulent se rappeler les bienfaits de la cavalerie montée, « symbole de panache, de hardiesse et de loyauté dans le combat au temps de la chevalerie, symbole de décision audacieuse et d’exécution rapide dans les chevauchées des Murat et des Lasalle, symbole d’entraînement joyeux aux qualités requises sur les champs de bataille de tous les temps dans ce Ludus pro patria du général Blacque Bélair… ».

Les auteurs

La répartition des articles par auteurs fait apparaître une domination très nette des grades supérieurs : 210 articles rédigés par un général ; 176 par un colonel ; 120 par un commandant ; 228 par un capitaine et 145 par un lieutenant. Les officiers généraux et supérieurs sont donc les principaux rédacteurs, suivis de près par les capitaines. C’est une configuration relativement classique des revues d’armes, mais la proportion des généraux est tout de même ici supérieure à la moyenne. Par ailleurs, ces officiers généraux parmi lesquels on retrouve souvent les noms de Thoumas, Vanson, Audibert, Boullaire, Brécard, Donop sont généralement à la retraite (c’est le cas de Thoumas) et peu enclins à s’intéresser aux questions de modernisation de l’arme de la cavalerie. Ils traitent prioritairement les articles nécrologiques qui font dès lors figure de « marronniers » réservés aux généraux ou bien ils célèbrent les grands ancêtres napoléoniens tels Nansouty, Pajol, Exelmans ou le fameux hussard de Metz,  le général Lasalle, enfant terrible de la cavalerie légère sous l’Empire.

On comprend mieux dès lors pourquoi, dans le cadre de la querelle des Anciens et des Modernes, la Revue de la cavalerie n’a guère été favorable à une mécanisation accélérée de l’arme de la cavalerie.



 

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