lundi 20 janvier 2014

La Revue du génie militaire (1887-1959), par Julie d’Andurain



D’après les travaux de Yann Gousson, étudiant au bureau Recherche du CDEF/DREX



Héritière du Mémorial de l’officier du génie né en 1802 sous l’égide du général Marescot, la Revue du génie militaire qui paraît en janvier 1887 se distingue quelque peu des autres revues d’armes (Revue d’infanterie, Revue de cavalerie, Revue d’artillerie). Si elle a en commun avec ses revues sœurs le fait d’être publiée par la maison Berger-Levrault,  d’être administrée par le gérant Charles Norberg et de ressembler dans sa composition – une partie « technique » avec articles scientifiques suivie d’une partie « officielle » — aux  autres revues d’armes, elle est indiscutablement plus ouverte sur son siècle et beaucoup plus libre dans son expression. Cela tient en partie à l’esprit scientiste et positiviste de la fin du XIXe siècle qui impose de pouvoir échanger librement sur des avancées technologiques les plus récentes mais ce n’est pas sans rapport non plus avec la formation intellectuelle des rédacteurs issus pour la plupart de Polytechnique, école connue pour son caractère frondeur par comparaison avec Saint-Cyr.

La revue d’une arme savante

Avant tout expression d’une arme savante, la Revue du génie militaire fait la part belle aux articles traitant de mathématiques, de sciences et de physique. Regroupés, ils représentent le corpus d’articles le plus imposant avec une présentation de périodiques, livres, brevets, mais également des cours de topographie, des méthodes d’utilisation de machines-outils. Au moment des premières parutions, les constructions en dur (ponts, casernes, réservoirs, chemin de fer, conduites souterraines, barrages), les constructions démontables ou légères se taillent la part du lion. Dans la même veine, les articles servent également à partager le savoir sur le bon usage des matériaux, qu’il s’agisse des alliages ou du béton (armé ou coulé), à faire progresser les règles d’hygiène appliquées à la question du casernement. L’étude des systèmes fortifiés des pays étrangers (fortifications allemandes, anglaises comme à Gibraltar, la fortification de Bucarest par exemple) ou celle de la fortification en France est également récurrente avec des analyses comparées des lois sur les servitudes militaires, tout comme celles sur les guerres de siège (blocus de Port Arthur) invitent les officiers du génie à s’intéresser de plus en plus aux expéditions extérieures (les tranchées des Boers ; l’invention des bastions et des blockhaus). Mais même outre-mer, la référence à Vauban reste incontournable, les officiers y revenant sans cesse y compris lorsqu’ils construisent la citadelle de Hué.








Au tournant du siècle, sur fond d’expansion coloniale, le génie devient l’arme « qui assure les travaux dont les autres ne peuvent se charger ». Du fait des besoins, c’est principalement les questions de voies de communication qui l’occupent, principalement les chemins de fer à la fois pour établir les voies elles-mêmes - participer à la construction des premières voies ferrées du Soudan, de l’Ouganda, du Sénégal, de Madagascar - mais aussi d’envisager toutes les questions relatives à l’exploitation militaire de la voie ferrée. Dans le même ordre d’idées, les réflexions portant sur la télégraphie sont légion : télégraphie optique, avec ou sans fil, la télégraphie par faisceaux lumineux, la télégraphie sous-marine, les communications radiotélégraphiques. Elles sont portées essentiellement par des sapeurs qui font preuve d’une véritable diversité dans l’exercice de leur emploi (sapeurs montés, sapeurs pontonniers, sapeurs-mineurs, sapeurs de forteresse, sapeurs de chemin de fer) mais aussi par des pionniers. Du coté des auteurs, on trouve également des officiers des corps d’artillerie, de l’infanterie et même du corps de la gendarmerie. Parmi eux, ce sont les artilleurs qui participent le plus à la vie éditoriale de la Revue, sans surprise. Leur présence témoigne en effet du lien étroit existant entre corps du génie et corps d’artillerie, dont les écoles ont été fusionnées jusqu’en 1912. Au fil des articles, on peut constater que le ton employé par la plupart des auteurs laisse transparaître une certaine liberté de parole et un goût certain pour la controverse, notamment au travers des nombreuses polémiques portant sur les aspects tactiques ou techniques de la fortification.

L’adaptation des fortifications permanentes aux progrès de l’artillerie

Les progrès de l’artillerie, le développement des chemins de fer ou encore l’augmentation des effectifs des armées imposent aux officiers du génie des éléments de réflexion nouveaux qui font de la fortification la préoccupation première des ingénieurs militaires. La fortification répond au besoin fondamental d’assurer la sécurité du territoire national. Or, la réorganisation du système défensif français sur les frontières du nord-est apparaît aux yeux de la jeune IIIe République comme un gage de sa survie, particulièrement après 1871 et l’amputation de l’Alsace-Lorraine. La menace persistante d’une reprise des hostilités ne fait qu’accroître le sentiment d’urgence. C’est dans ce contexte qu’un Comité de Défense est institué en 1872 afin d’étudier la création d’un système fortifié. Le poste de rapporteur est confié au général Séré de Rivières qui prévoit la mise en place d’un ensemble de rideaux défensifs à forts détachés ancrés autour de Verdun-Toul et d’Epinal-Belfort, de forts d’arrêt dans les intervalles et d’une ligne inférieure (Champagne d’une part, Langres et Dijon d’autre part) s’appuyant à l’arrière sur les camps retranchés de Lyon et Paris). Son travail a pour objectif de couvrir la mobilisation et la concentration de l’armée en la protégeant d’une attaque surprise, de permettre la manœuvre de l’armée tout en canalisant celle de l’ennemi obligé à venir à bout des places et forts qui lui font obstacle.

Quoique colossale, son œuvre est techniquement dépassée avec l’apparition successive de l’obus à mitraille, du coton-poudre gélatinisé (la poudre sans fumée) puis de l’obus torpille. Ce nouvel explosif qui augmente considérablement les effets de démolition induit alors une rupture stratégique. Auparavant, l’attaque ne disposait que d’une seule catégorie de bouches à feu et d’un seul genre de tir susceptibles d’une action efficace contre les fortifications : les canons lourds de gros calibre et le tir de plein fouet. La garnison d’une place entourée de forts détachés était alors capable de résister à une armée de campagne bien supérieure en nombre. De 1885 à 1914, du seul fait des progrès de l’artillerie, la défense doit se rénover complètement. Comme le souligne lucidement le capitaine Bonnefon « la question de l’adaptation des fortifications permanentes aux progrès de l’artillerie est un problème permanent ». Toute solution définitive semble désormais illusoire. C’est la raison pour laquelle la « course » entre le canon et la place forte constitue l’un des sujets dominant la Revue entre 1870 et 1914, attestant combien les officiers du génie ont envisagé voire anticipé la guerre de 1914-1918.



Des étudiants du bureau Recherche du CDEF ont participé à un programme de référencement de revues militaires si bien que les 7114 références de la Revue militaire du Génie sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.

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La revue est ensuite accessible à la Bnf sur Gallica pour la période 1887-1936. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32859137v/date.r=.langFR


Julie d’Andurain






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