mardi 3 juin 2014

La Revue militaire française (1869/70-1875 et 1921-1936), par Julie d'Andurain

L’ancienne en 1869-1875 : la revue du corps de l’état-major

Considérée comme un Recueil mensuel de technologie, d’art et d’histoire militaires, la première version de la Revue militaire française apparaît en janvier 1869. Rédigée principalement par des officiers, elle est dirigée par E. Noblet, imprimeur liégeois déjà spécialisé dans l’édition de la littérature militaire – celle de l’Ecole polytechnique notamment -  par son association avec l’éditeur Baudry.
 D’esprit très positiviste, la revue a pour but initial de vulgariser le goût des études scientifiques militaires à une époque où le corps de l’état-major, censé produire une réflexion intellectuelle, est fortement contesté. Il l’est d’abord par la nature même du corps qui est relativement fermé et, de ce fait,  jalousé par les autres corps qui s’en sentent exclus. Mais il l’est aussi en raison même des travaux qui ne sont pas toujours très bien perçus pas le monde militaire lui-même. L’armée française reste en effet encore à cette date plutôt hostile à la formation intellectuelle des officiers au point qu’il n’existe pas de véritable réflexion stratégique ou doctrinale.
J. E. Colson
Il n’est donc pas sans intérêt de constater que très vite après sa première publication en janvier 1869, la Revue militaire française, patronnée par le maréchal Niel et son chef de cabinet le général Joseph Emile Colson, éminente figure du corps d’état-major, est rejointe par des officiers d’état-major tels que le lieutenant-colonel Gustave d’Andlau, bientôt général - qui allait en tant que sénateur s’intéresser à la réforme du corps d’état-major -, le chef d’escadron Ch. Fay mais aussi les capitaines A. Samuel et Keilin, Jules Bourelly. Ils travaillent de concert avec des officiers des armes savantes - le génie principalement - et des médecins. Très vraisemblablement donc, leur objectif consiste pour partie à justifier leur rôle et démontrer l’intérêt des études sur la guerre légitimant ainsi le corps d’état-major. Si la revue s’arrête en 1870 en raison de la guerre franco-prussienne, elle tarde à être de nouveau publiée – elle réapparaît seulement en 1875 – en raison, officiellement, de l’occupation du territoire.
Officier d'état-major
Durant la courte vie de la première mouture de Revue militaire générale, les auteurs présentent essentiellement soit des rapports de la commission militaire française (comme sur l’Exposition universelle de 1867 ) soit des résumés des conférences régimentaires, soit enfin après 1870 les conférences du ministère de la Guerre où il est déjà question, près de vingt ans avant Lyautey, du rôle social de l’armée (articles du capitaine Toureng). Si à l’origine, les études relèvent plus du renseignement et de l’observation des armées étrangères plutôt que du retour d’expérience, une évolution apparaît en 1875, date à laquelle la nécessité de la réflexion introspective se fait sentir. C’est particulièrement sensible pour les analyses portant sur la guerre de 1870-1871 ou celles sur l’Algérie, territoire qui cesse d’être regardé sous un angle politique pour n’être perçu désormais que selon une approche militaire, l’influence de l’insurrection de 1871 étant là évidente.
La Revue militaire française réapparaît brièvement en 1875, à un moment où le corps d’état-major connaît une ultime réforme (1873) avant sa disparition définitive en 1880. Sans doute trop corporatiste, elle disparaît finalement face à la concurrence d’autres revues militaires généralistes, Le Spectateur militaire, le Journal des sciences militaires ou la Revue militaire de l’Etranger.

La moderne en 1921-1936 : La revue des brevetés ?

En juillet 1921, une nouvelle Revue militaire française réapparaît chez l’éditeur Chapelot (puis Berger-Levrault). Publié avec le concours de l’état-major de l’armée, elle absorbe en réalité trois autres revues, Le Journal des Sciences militaires né un siècle plus tôt, la Revue militaire des Armées étrangères (qui avait elle-même succédé à la Revue militaire de l’Etranger en 1899) et la Revue d’Histoire, revue de la section historique de l’État-major de l’armée née en 1899, lesquelles avaient toutes cessé de paraître au début de la Grande Guerre.  Dans le cadre de la sortie de guerre, il s’agit donc de faire renaître une revue militaire destinée à l’élite politique et militaire du pays afin que celle-ci soit « exactement renseignée sur l’évolution future de la puissance des autres États, de posséder des données précises, contrôlées, sur l’enchaînement des causes et des effets au cours de la lutte mondiale qui s’achève à peine », d’aider enfin ces élites à prendre leurs décisions en connaissance de cause.
 Au vrai, le principe consistant à réhabiliter trois revues n’est pas totalement exact puisqu'en réalité, la Revue militaire française était déjà « depuis 1904 le super-titre du Journal des sciences militaire ». Il s’agit donc simplement de faire revivre le meilleur de ce qu’avait produit l’armée entre 1870 et 1914 tout en orientant davantage l’écriture vers deux grandes catégories d’analyses : les études de renseignement transmises par le 2e bureau et les analyses du Service historique. La méthode suivie consiste à reprendre la structure imposée par le Journal des sciences militaires (des articles de stratégie ou de tactique signés par les meilleurs plumes du moment, des travaux tactiques suivis d’une rubrique « le mois militaire » et d’une chronique de l’étranger, enfin un bulletin bibliographique présentant un très large éventail de périodiques), tout en cherchant par ailleurs à éviter la dispersion des publications qui avait été la règle juste avant la guerre. Il apparaît donc clairement qu’au sortir de la Grande Guerre, la hiérarchie militaire remet en ordre son dispositif de publications en faisant en sorte d’en maîtriser davantage les tenants et les aboutissants.
Doumenc
Très rapidement, les officiers brevetés qui écrivaient jusqu’alors dans leurs revues d’armes respectives (infanterie, artillerie, génie, troupes coloniales) trouvent là l’occasion de dépasser leurs appartenances catégorielles mais la Revue militaire française se fait une règle de ne pas apparaître trop corporatiste en ne faisant pas état de leur passage par l’Ecole de guerre (seuls Normand, Janssen, Lancon et Charbonneau ont droit à la mention breveté). Or, la plupart des auteurs appartiennent à l’élite de l’armée de l’entre-deux-guerres que ce soit Gamelin, de Gaulle, Doumenc, Delmas et il ne fait de doute pour personne que la revue sert de tribune aux plus hautes instances militaires françaises de l’entre-deux-guerres, à quelques exceptions près (Pétain). Pour les autres, chacun peut développer son point de vue : Armengaud, Lançon et Meynier écrivent en faveur de l’Afrique, du Maroc et du transsaharien ; Aublet, Camon, Chédeville, Doumenc Vauthier sont davantage spécialisés sur les questions techniques telles que la mécanisation, l’artillerie, l’utilisation des chars et la motorisation des armées en général ; Bernis écrit pratiquement exclusivement sur le renseignement. Enfin, Larcher, Carrias, Pugens apparaissent davantage comme des historiens de l’armée. En résumé, la Rmf constitue un outil de recherche indispensable pour toute personne qui souhaite comprendre l’évolution de l’armée française (et des armées étrangères) durant l’entre-deux-guerres.


Des étudiants du bureau Recherche du CDEF ont participé à un programme de référencement de revues militaires si bien que les 1044 références de la Revue militaire française sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.


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4 – La partie la plus récente de la Revue militaire française (1921-1936) est désormais accessible sur Gallica, le portail numérique de la Bibliothèque nationale de France (56 volumes à ce jour - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328607513/date.r=.langFR).


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