mercredi 30 avril 2014

« L’OTAN neutralise les alliés de la Russie », d'après une traduction d'Arnaud Labat

Alexandre Grouchko
La crise actuelle en Ukraine semble cristalliser les tensions entre la Russie et l’Occident. Mais au-delà de la question ukrainienne, c’est un véritable bras de fer qui s’est engagé entre les forces de l’OTAN et, d’autre part, celles de la Russie comme en témoigne l'article de Vladimir Moukhin traduit ci-dessous. Si l’élargissement de l’Alliance atlantique aux ex-pays satellites de l’URSS rassemble autant de crispations, la Russie y voit surtout une menace à l’encontre de ses intérêts dans la région. Or, cette dernière entend bien les défendre comme le suggérait, dès l’été 2008, l’intervention militaire en Ossétie du Sud.   

« A la lumière des récents événements en Ukraine, la Russie se trouve aujourd’hui confrontée à un certain nombre de problèmes dans le domaine de la coopération militaire ; la question se pose non seulement avec l’Occident, mais aussi avec ses plus proches alliés. D’après les représentants militaires russes, la faute serait directement imputable à l’influence de l’Alliance atlantique. Le mardi 22 avril, le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov, déclarait : « la seule préoccupation de l’OTAN consiste à brouiller la Russie et ses alliés, de nous éloigner les uns des autres ». Antonov poursuivait : « Il y a des pressions morales, des tentatives de convaincre la population que les Russes sont « méchants » et que, par conséquent, il est nécessaire d’emprunter la voie de la démocratie européenne ».

Alexandre Grouchko, le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, a lui aussi fait part de ses préoccupations. Il a affirmé que l’Alliance s’était presque totalement détournée de Moscou et avait commencé à masser des forces armées à proximité des frontières russes. C’est la raison pour laquelle la Russie et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) – regroupant, outre la Fédération de Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan – devraient répliquer de la même manière face à ces mesures. Mais pour l’heure, le Secrétaire général de l’OTSC, Nikolai Bordyuzha, a déclaré ne voir aucune raison de réagir à la présence accrue de l’OTAN en Europe. Au début du mois d’avril dernier, Bordyuzha déclarait même : « L’Ukraine n’est pas membre de l’OTSC, c’est pourquoi nous ne cherchons pas à étendre l’influence de notre organisation à ce pays, y compris sur les questions de garantie de la sécurité collective ».

Pour sa part, Alexandre Grouchko reste persuadé que l’OTAN cherche à intimider la Russie ; cette dernière devra alors prendre les mesures sécuritaires adéquates, lesquelles seront discutées lors de la conférence sur la sécurité internationale prévue les 23 et 24 mai prochains à Moscou. Les représentants militaires de la quasi-totalité des pays sont conviés à ce sommet devenu traditionnel, lequel est organisé par le ministère de la Défense russe. Les participants seront bien évidemment amenés à évoquer la crise en Ukraine, en particulier le problème desdites « révolutions de couleur » sur le territoire de l’ex-URSS. Malgré tout, les représentants américains ont refusé de participer à la conférence.

Il y a fort à parier que la plupart des pays membres de l’OTAN fassent de même. « C’est leur choix. Nous n’avons établi aucune liste noire, ni n’avons renoncé à quelconque invitation », a indiqué Antonov. « A ce jour, plus de 40 pays et organisations internationales ont confirmé la participation de leurs délégués à la conférence, dont neuf ministres de la Défense. Nous nous attendons à la présence sérieuse de délégations d’Asie et du Proche-Orient ». Mais nous savons déjà que le Japon a renoncé à sa présence. A l’initiative de Tokyo, les discussions relatives à l’élaboration d’un accord de prévention des activités militaires dangereuses, entamées l’année dernière avec Moscou, sont pour l’heure suspendues.

Il est évident que les alliés de la Russie continueront activement à entretenir leurs liens avec les partenaires de l’Alliance atlantique. Pour preuve, la délégation arménienne, en la personne du vice-ministre de la Défense David Tonoyan, s’est dernièrement rendue au quartier-général de l’OTAN à Bruxelles afin d’évoquer les difficultés à construire une armée arménienne. Lors d’une visite récente à La Haye, le président de la République du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, s’est entretenu avec l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, M. Jaap de Hoop Scheffer au sujet de la coopération militaire avec l’OTAN. Il est de notoriété publique que le Kazakhstan tend à minimiser sa dépendance vis-à-vis des livraisons d’armes en provenance de la Russie, raison pour laquelle le pays a signé un certain nombre de contrats de coopération militaro-technique avec des Etats de l’Alliance. L’un des tout derniers projets : la construction d’une usine de fabrication de munitions aux normes otaniennes en 2015-2016.

Au Tadjikistan aussi, une large place est consacrée à la coopération avec l’OTAN. Là encore, il est de notoriété publique – aussi bien aux Etats-Unis qu’à l’OTAN – qu’Emomalii Rahmon approuve l’implantation de bases militaires de l’OTAN sur son territoire après le retrait des troupes internationales en Afghanistan. Un accord de principe a été trouvé lors de la visite de M. Rahmon à Bruxelles en 2013.

Le colonel Edouard Rodioukov, de l’Académie des sciences militaires, considère que « la Russie ne devrait pas se fâcher contre les Etats-membres de l’OTSC qui aspirent à développer leurs relations avec les pays de l’OTAN. La Russie dispose des leviers militaires et économiques nécessaires pour résister à ce processus. Il est apparemment temps pour nos alliés et nous-mêmes de définir ouvertement les règles du jeu, c’est-à-dire une « feuille de route » et des principes généraux à partir desquels nous devrons construire nos relations mutuelles avec les organisations et les pays non membres de l’OTSC ». Lors de sa « ligne directe » annuelle avec la Russie le 17 avril dernier, Vladimir Poutine a déclaré que le rapprochement des bases de l’OTAN près des frontières russes « nous oblige à réagir ». « Nous continuerons bien-sûr à dialoguer, nous mettrons tout en œuvre […] pour assurer la sécurité de notre peuple », a assuré le président russe ».


Vladimir Moukhin, « Nato neïtralizouïet soïouznikov Rossii », in Nezavissimaïa Gazeta, 23 avril 2014, traduction d'Arnaud Labat (INALCO Master Hautes Etudes internationales/stagiaire au Bureau recherche du CDEF/DREX) 


mardi 22 avril 2014

Mediterranean Quarterly, A Journal of Global Issues, par Julie d’Andurain

d’après les travaux de Panos Kougiou, étudiant au bureau Recherche du CDEF/DREX

Mediterranean Quarterly, A Journal of Global Issues est une revue quadrimestre publiée à partir de 1990 par Duke University Press sous la direction de Mediterranean Affairs, Inc., une fondation de recherche indépendante à but non lucratif installée à Washington. Fondée par Minos X. Kyriakou à la suite de la chute du mur de Berlin, elle vise initialement à éclairer les décideurs politiques et influencer leurs décisions en proposant des analyses et des commentaires sur des sujets politiques, économiques et sociaux qui affectent la région méditerranéenne

            En proposant les articles d’hommes de premier plan – ceux de Javier Solana, Boutros Boutros Ghali, Shimon Peres, George A. Papandréou - ainsi que ceux de diplomates de haut rang (Nuzhet Kandemir, Yücel Güçlü, Dora Bakogiannis, Matthew Nimetz) et de chercheurs d’universités prestigieuses, Selwa Roosevelt rédactrice en chef et Nikolaos A. Stavrou rédacteur adjoint – et par ailleurs professeur émérite de relations internationales et de théorie politique  l’Université d’Howard -  ont délibérément cherché à donner un caractère international à une revue pourtant initialement centrée sur la Méditerranée. De fait, la majorité des articles traitent de la rive nord, notamment des Balkans, de la Turquie, de Chypre et de la Grèce, si bien que l’on en vient à penser que Mediterranean Quarterly adopte une analyse qui, paradoxalement, ne dépasse pas le paradigme de la séparation nord/sud de la Méditerranée. Comme souvent, la raison des choix éditoriaux se trouvent dans la disponibilité des auteurs et leur capacité à trouver des sources pour rédiger leurs articles, mais le lien entre l’Amérique et quelques pays de la zone méditerranéenne (Turquie et Grèce particulièrement) est patent.

            L’origine américaine de la fondation de la revue est particulièrement perceptible dans les références des articles où la part des thématiques traitant des États-Unis l’emporte sur celle traitant de l’Union européenne. Elle s’explique aussi par l’importance que prennent les États-Unis sur la scène internationale et en Méditerranée en particulier à la suite de l’effondrement de l’U.R.S.S. (guerres dans les Balkans, question chypriote). Les thématiques liées à l’Union européenne posent naturellement la question de son élargissement vers la Turquie à partir de 2004-2005, mais en revanche s’intéressent très peu à l’analyse de tel ou tel pays pour la Méditerranée (comme l’Union pour la Méditerranée projet porté par la France et l’Allemagne qui est très peu étudié).  Par ailleurs, les pays de la grandes zone moyen-orientale, Balkans inclus, sont au cœur des réflexions de certains auteurs très spécialisés comme Ted Galen Carpenter  (Balkans, Iran, Irak), David Binder (Balkans). L’Afrique enfin n’est pas oubliée avec les travaux de Anyu J. Ndumbe et Thedros Dagne.

Les aires géographiques étudiées dans Mediterranean Quarterly, A Journal of Global Issues sont Les Etats-Unis pour un peu plus d'un quart puis l'Union européenne pour à peine moins. La Russie, la Turquie et le reste du Moyen-Orient se répartissent un autre quart ainsi que, par ordre décroissant, la Grèce, Chypre, l'Afrique, les Balkans, l'Allemagne et la France.

Les thèmes de la revue indiquent très clairement que ce périodique a pour vocation d’alimenter la réflexion des auteurs et des lecteurs vers le règlement des conflits car le mot « guerre » est largement majoritaire (54 références sur 365). Il est associé à celui de « politique » lequel renvoie à un registre plus diplomatique que militaire. En résumé, ce périodique apparaît comme la partie visible de Mediterranean Affairs, Inc, un laboratoire d’idées – c'est-à-dire un think tank – dont le but consiste à renforcer le lien entre les États-Unis et certains États de la zone méditerranéenne aux alentours des années 1990-2000.



En 2010, des étudiants du bureau Recherche du CDEF ont participé à un programme de référencement de revues périodiques si bien que les 365 références de la Mediterranean Quarterly, A Journal of Global Issues (pour la période 1990-2010) sont désormais accessibles sur le site du CDEF : http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/

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jeudi 17 avril 2014

Lettre du retex-Recherche n°15-La stabilisation d'un mégapole : Bagdad (2006-2008)

La bataille qui se déroule à Bagdad de 2006 à 2008 est le premier exemple d'une opération de stabilisation dans une ville de plusieurs millions d'habitants en proie au chaos. Elle témoigne de l'importance des moyens et de la diversité des modes d'action nécessaires pour parvenir à une normalisation de la situation.

La note est à télécharger ici